Archives départementales de l'Indre

15 décembre 2025

Un terrier pour le duché de Châteauroux


Profitant de l’éloignement de l’autorité royale et de l’affaiblissement du duché d’Aquitaine, Ebbes Ier s’impose comme premier prince de Déols au début du Xe siècle. C’est lui qui fonde l’abbaye de Déols en 917 et qui est à l’origine d’une lignée qui va dominer le Bas-Berry pendant tout le haut Moyen Âge. Au gré d’annexions par la force ou par mariage, la seigneurie de Déols recouvre au XIIe siècle un vaste territoire s’étendant de l’Anglin à la châtellenie de Meillant et de Cluis-Dessous aux portes de Graçay. Les Chauvigny, succédant aux Déols, y ajoutent en Marche Limousine la vicomté de Brosse et la terre de Dun-le-Palleteau.

Cet état territorial devait vite connaître des démembrements, notamment par mariage, et à la mort du dernier des Chauvigny en 1503, la terre de Châteauroux, nouvellement érigée en comté, est partagée entre deux familles alliées, les La Tour-Landry et les d’Aumont. Cette grande seigneurie retrouve son unité cent ans plus tard, à la faveur de son acquisition par Henri II de Bourbon, prince de Condé. En 1616, Louis XIII érige alors la terre de Châteauroux en duché-pairie pour son cousin. Un titre honorifique donnant toutefois accès au conseil du roi. Henri II de Bourbon profite alors de sa situation pour séculariser les biens des abbayes de Déols, Saint-Gildas et Grammont. Largement augmenté par les Condé, le domaine revient en 1736 entre les mains de Louis XV, qui y créa, par l’édit de 1740, un bailliage royal. A la veille de la Révolution, le duché de Châteauroux est donné en apanage par le roi Louis XVI à son frère le duc d’Artois, futur Charles X. A cette époque, la terre de Châteauroux se compose d’une vaste forêt de quinze mille arpents, du domaine de la « principauté de Déols et de Saint-Gildas », de la seigneurie de Bommiers et des baronnies de La Châtre, d’Argenton et du Châtelet.

Au XVIIIe siècle en France, les membres de la noblesse procèdent à une révision de leurs terriers afin de remettre en vigueur tous leurs droits tombés en désuétude. Un terrier est en effet un registre dans lequel sont décrites les terres dépendant d’un seigneur, leurs revenus, mais surtout les droits, redevances et obligations de leurs tenanciers. Ceux-ci sont convoqués pour établir leur déclaration devant le notaire mandaté par le seigneur. La confection d’un terrier doit être autorisée par le roi de France, qui délivre au seigneur des lettres de terrier sur parchemin scellé. C’est ainsi que Louis de Bourbon-Condé obtient le 11 juin 1768 des lettres de terrier du roi Louis XV.

L’affiche ci-dessous est l’une des nombreuses copies qui furent tirées à partir de l’acte sur parchemin pour être diffusées dans tout le duché. Le dernier paragraphe, en bas à droite du document, est resté vierge : ce petit formulaire était destiné servir de certificat de publicité. Il nous apprend que les curés des paroisses du duché ont été destinataires de ces lettres et étaient tenus d’une part de les lire au peuple à l’issue de la messe, et d’autre part de les afficher à la porte de l’église.

Plus qu’un outil de gestion foncière, le terrier est un document d'« affirmation politique du droit des seigneurs sur les hommes ». D’un profit réel assez maigre, cette opération exaspéra les paysans et contribua au mécontentement de la fin du siècle.

Soulignons qu’il s’agit ici d’un témoignage relativement rare aujourd’hui, car la plus grande partie du chartrier de Châteauroux connut bien des pertes lors de ses multiples allers-retours entre Paris et la Province, avant de disparaître sans doute en 1776, lors de l'incendie de la Chambre des Comptes, où il avait été transféré.

Cote : 1 J 667

Date : 1766

Éditeur/imprimeur : S.l, s.n

Dimensions : 59 x 49 cm

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